Pas Toujours Facile le Zéro Déchet

Bonjour à tous et à toutes !

J’avais prévu de vous livrer ce témoignage en vidéo mais je me rends compte que je ne suis toujours pas à l’aise pour parler face à la caméra. Du coup, je prends la plume pour vous parler des évidences qui me sont apparues lors de mes dernières grandes vacances.

Je précise que le but de cet article n’est pas de juger les gens, ce qu’ils font, ce qu’ils ne font pas, si c’est bien, si ça ne l’est pas. Il s’agit juste de constats et de voir comment je me positionne par rapport à ces situations.

Une fois de plus, je me sens obligée de dire que lorsqu’on entame une démarche zéro déchet, on ne vise pas la perfection. On n’a pas besoin de la perfection. On a besoin de gens motivés qui font ce qu’ils peuvent en fonction de leur vie, de leurs contraintes et de leurs possibilités.

Chaque petite action compte. Parfois, on se rend compte que certaines personnes n’ont pas pris cette démarche de réduction des déchets par le même bout que nous. Leurs actions ne sont pas les mêmes. Ils agissent là où nous n’agissons pas encore et au contraire, ne font pas d’autres gestes que nous faisons naturellement maintenant.

Il n’y a pas UNE démarche zéro déchet. Il y a une multitude de petits pas que l’on fait tous à notre rythme et qui vont dans la même direction. Aussi, une fois de plus, pour la réflexion qui suit, il s’agit d’un constat à un instant T par rapport à MON parcours.

Ce parcours, j’essaie à travers le blog et les réseaux sociaux de le partager avec vous. En ce moment, mon constat se résume à une sensation que j’ai depuis quelques mois de « stagner » dans ma démarche.

J’ai envie d’aller plus loin, mais j’ai un frein énorme qui s’appelle « mon mari ».

Sans entrer dans les détails de ma vie intime, il y a un bon moment que nous ne sommes plus sur la même longueur d’onde sur les questions logistiques, pratiques et écologiques.

Là où je fais super attention, lui, n’en a cure et repasse souvent derrière moi pour « saper » - pas forcément volontairement- les nouvelles habitudes ou des efforts auxquels je tiens.

L’exemple le plus frappant reste la nourriture.

J’essaie de n’acheter que du basique, du local et de cuisiner. Je veux limiter le nombre de produits transformés du commerce – ceux dont les compositions sont parfois douteuses et sur emballés. Alors, quand je vois mon mari ouvrir les placards et dire qu’il n’y a plus rien à manger alors que je reviens des courses, je sais que dans les 2 jours qui suivent il va aller au premier supermarché du coin et ramener – pardon du langage – toutes les conneries pas bonnes, ultra-transformées et emballées parmi lesquelles nous aurons : gâteaux individuels, bols de nouilles japonaises, pâtes fraîches et autres plats cuisinés.

Je n’ai jamais envie de baisser les bras, mais j’enrage de voir mes enfants aller vers la facilité que leur offre leur père en « bouffant » chips et biscuits très facile d’accès. Je mets souvent le oh là, et il y a des jours où il me semble qu’ils comprennent et d’autres où j’ai l’impression de me battre contre des moulins.

Je ferme ce petit aparté en concluant que j’ai l’impression d’être à un moment de ma démarche où seule, je ne pourrais pas aller beaucoup plus loin dans la réduction de mes déchets.

Mais revenons aux vacances...

Je suis donc partie 3 semaines avec mes deux enfants de 12 et 13ans. Nous sommes passés d’abord par Souillac, dans le Lot, dans la maison de mon père.

Vacances familiales pour commencer. Nous nous sommes donc laissé porter par le rythme de vie et les habitudes de mon père, car on ne débarque pas chez les gens – même ses parents – en les bousculant et en s’imposant.

Mon père vit seul dans une maison de village. Il a une magnifique maison sur 3 étages avec murs en pierre de la région, escalier en bois massif d’époque, parquet brut et de très beaux espaces de vie. Il peut même profiter d’un petit jardinet où il a installé table, parasol, barbecue, petit potager dans des jardinières et même un spa.

Du confort et du plaisir dans une maison de caractère.

La première action dans cette maison, après un long voyage en voiture de quelques heures – « escale technique au pipi-room » - m’a déjà mis la puce à l’oreille. Un magnifique bloc en plastique reversant une eau bleue au parfum chimique se tient devant moi. Et là, je me dis déjà « mais non, en fait, c’est pas possible... » 2ème escale à l’évier pour se laver les mains, et là, 4 éponges colorées, du liquide vaisselle et un produit à base de Javel...

Des petits détails qui s’accumulent. Parfois anodins, parfois énormes.

Image 1: l'évier chez mon père


Le plus troublant pour moi a été de constater que mon père ne fait pas de tri sélectif.

A Souillac, dans le Lot, point de poubelle de tri pour tous les habitants, et très peu de points de collecte collectifs, en tout cas, pas à proximité de la maison de mon père. J’ai cherché dans les rues alentour et je n’en ai pas vu. Du coup, c’est devenu très contraignant pour mon père qui triait lorsqu’il était en région parisienne et le carton, le plastique, le papier... tout ça part au tout venant.

Pour moi, c’est la base...

La réflexion m’a poussée à interroger quelques habitants. Une voisine : si elle trie, mais « c’est chiant » et les gens ne font pas bien... elle, elle le fait, car elle vivait en région parisienne où ce geste est devenu un réflexe et qu’elle ne trouvait pas que le fait d’avoir des bacs loin justifiait d’arrêter cette sélection. L’esthéticienne : « bien sûr que si je le fais. Mais tout le monde le fait, non ? c’est pas si compliqué quand même ! ... » Apparemment, si.



Image 2: illustration de bacs de tri

Nous étions 8 chez mon père pendant 4 jours. Autant dire que les poubelles se sont remplies rapidement.

J’ai tout de même réussi à le convaincre de ne pas utiliser de vaisselle en carton (« mais ça se recycle, non ? ») juste les serviettes en papier car pas assez de serviettes en tissu (et des petits enfants qui ne mangent pas toujours proprement). Mais les bouteilles d’eau, les emballages de nourriture, les petits restes de nourritures... se sont accumulés en un temps record.

J’ai même eu un pincement au cœur le jour du pique-nique lorsqu’il a fallu se résoudre à sortir le papier aluminium pour emballer la quinzaine de sandwiches parce que mon père n’est pas équipé de boîte assez grande pour les y mettre tous... (même s’il m’avait commandé une pochette à sandwich Green Paulette !)

Il y a aussi les choses que je ne comprends pas. Mon père a installé un composteur dans son petit bout de jardin. Premier jour, j’épluche des légumes et je lui dis que je vais les mettre dans le compost. Il m’arrête et me dis non, car le composteur est plein. Mais plein de quoi ? En fait, juste les déchets végétaux issus de la coupe et de la taille de son jardin : feuilles de bananier, branches de laurier, feuilles de poirier... mais le composteur – petit modèle – sature très vite. Et pire que ça, le modèle choisi ressemble à un sac de gravas et ne touche pas le sol. Autrement dit, c’est juste une poubelle à déchets végétaux qui ne se décomposeront jamais car il n’y a pas les organismes vivants pour faire tout le travail. C’est juste dommage...

Alors, n’allez pas croire que tout est noir. Nous avons pu énormément échanger avec mon père sur ce thème pendant cette semaine et de son côté, il se considère comme quelqu’un de plutôt « écolo » - terme qu’il n’aime pas du tout d’ailleurs. Il est très lucide sur le fait qu’il est né à une époque où la société de consommation battait son plein et qu’il en a gardé des habitudes dont il est compliqué de se défaire. Malgré tout, il y a beaucoup de choses dont il a pris conscience tout au long de sa vie et qui le pousse à s’améliorer encore aujourd’hui.

Quelques exemples de ce qu’il fait : chez lui pas de stockage de nourriture, vous ne trouverez 3kg de pâtes d’avance, et du coup, il n’y a quasiment aucun gaspillage de nourriture... Fait à mettre en relation avec les kg de nourriture en moyenne par personne qui partent à la poubelle avant même d’avoir été consommés.

Achat de la viande, formage et fruits et légumes aux producteurs locaux. Il a de la chance, le Lot est une région très agricole où l’on trouve des produits de qualité. Il a en plus de très gentils voisins et amis qui lui fournissent des légumes de jardin assez régulièrement, et lui-même fait pousser ses quelques tomates, poivrons et aromates.

Très proche de la nature et toujours en recherche de nouveaux apprentissages sur ce thème, mon père est un adepte des promenades à pied et des « Shinrin Yoku » ou bain de forêt en japonais.

Chaque année, il me demande de lui ramener savons de Marseille et shampooing de chez Marius Fabre (peu d’ingrédients et des produits sains) et ça lui dure presque l’année entière.

Je l’ai équipé de sacs à vrac et sac à pain qu’il utilise de manière très régulière.

Je pourrais ajouter d’autres exemples, mais je pense que vous avez saisi l’essentiel.

Image 3: illustration d'un marché local



Mon père ne dit pas qu’il est dans une démarche zéro déchet, mais son impact écologique est bien moindre que certaines personnes qui se disent écolo.

Alors oui, il y a des choses qui pourraient facilement être améliorées pour peu qu’il s’y mette (allez ! on trie et on arrête le Harpic gel dans les toilettes !) et d’autres pour lesquelles ça reste très compliqué comme l’utilisation de la voiture (aujourd’hui SUV Dacia Duster), indispensable dans un département rural comme le Lot, mais globalement, si toute la population avait la même empreinte carbone, ce serait déjà une nette amélioration.


Quelques jours après notre départ, il m’a appelé pour me dire qu’il avait changé son composteur pour pouvoir y mettre ses épluchures. Sa voisine, très portée sur la permaculture et l’herboristerie a fini de le convaincre à la suite de nos échanges. Une petite victoire qui lui sera profitable et avec laquelle il pourra encore diminuer sa quantité de poubelle.


Image 4: illustration d'un composteur en bois



Je voulais continuer mon article avec une autre étape de mes vacances, cette fois-ci chez mes grands-parents en Eure et Loir. Ici, point de démarche zéro déchet – bien au contraire. Toutefois, après avoir rédigé 2 pages sur cette expérience, je m’aperçois que je me contredis complètement par rapport à mon idée de départ, à savoir pas de jugement.

Pour brosser en quelques mots un portrait, je dirais juste que mes grands-parents font partie de cette génération d’après-guerre qui a connu les privations, notamment le manque de nourriture, alors forcément, avec l’avènement de la société de consommation, l’arrivée des supermarchés, du jetable... ce ne sont pas les meilleures habitudes qui ont été prises et celles-ci ont la vie dure.

Si vous êtes de la même génération que moi, vous avez peut-être vous aussi des grands-parents qui ont tendance à accumuler dans beaucoup de domaine : nourriture, électroménager, produits d’hygiène, produits d’entretien...

Je me rends compte qu’il est difficile d’en parler sans les juger, car pour moi, c’est leur génération qui a débuté ce process de surconsommation et qui l’a communiqué à leurs enfants, qui l’ont eux-mêmes communiqué à leurs propres enfants...

Aujourd’hui, certains comme moi essaient de « déconstruire » ces habitudes. Le plus difficile est d’en prendre conscience. La suite – cette « déconsommation » - est une suite logique, presque une évidence, voire une nécessité.

Je ne vais donc pas parler de mes grands-parents ici sauf pour leur dire combien je les aime et combien ils ont contribué à faire de moi celle que je suis aujourd’hui bon gré, mal gré.

Et plutôt que de casser du sucre sur le dos de leur génération, je voudrais saluer celle qui arrive, celle pour laquelle j’ai monté ce projet Green Paulette pour qu’elle ait encore un avenir.

Je vais saluer ma génération parmi laquelle j’ai croisé les personnes les plus inspirées et les plus inspirantes que j’ai connu et qui, comme moi, tente les changements au quotidien avec plus ou moins de succès, mais qui tente au moins.

Je vais saluer la génération de mes parents dont certains- comme mon père – essaient aussi de faire changer les choses à leur rythme malgré une vie entière passée dans la société créée par leurs parents.

Enfin, je salue aussi la génération de mes grands-parents qui connaissent et partagent encore des petits gestes qu’on dit aujourd’hui « écolos » alors qu’ils étaient la norme à l’époque de leur enfance.


Image 5: illustration de mélanges de générations


On me dit souvent qu’avec mes accessoires, on « retourne à l’époque de nos grands-parents ». Peut-être un peu, mais avec plus de confort, plus de tranquillité et plus de moyens qu’à leur époque. Et puis, mis à part les années de guerre, à chaque fois que j’ai interrogé ma grand-mère sur cette époque, elle me dit « on n’avait rien, mais on était heureux ».

Pas sûr qu’aujourd’hui ceux qui ont tout le soit. Alors tant qu’à choisir...

Je vous laisse méditer sur ces paroles.

Cet article se voulait une petite constatation sur ma démarche à un instant T, pas un débat philosophique. C’est un peu raté, et j’espère que ça ne vous a pas ennuyé...

N’hésitez pas à partager en commentaires vos réflexions sur le sujet. A quelle génération appartenez-vous ? Quelles constatations faites-vous sur vos proches et leur rapport au zéro déchet ?

A très bientôt pour de nouveaux partages.